Jean RATTAUD (1904-2004) Un homme de chez nous

par Marie-Claude Bouchet

Tout récemment, notre association a reçu en don de Marie-Claude Bouchet une collection de revues publiées par la Société d'Études Folkloriques du Centre-Ouest, des années 1970 à la fin des années 1980. Elles forment un ensemble de 30 volumes reliés. Cette collection a été constituée par Jean Rattaud, décédé en 2004. Il fut autrefois professeur à Royan et l'auteur en 1936 d'un livre intitulé
Royan et les Côtes de Saintonge, paru aux Éditions de la Salamandre chez l'éditeur Masson à Cognac.

 

à cette occasion, Marie-Claude Bouchet, à partir d'un texte que lui a fait parvenir Anne Aubin, la fille de Jean Rattaud, relate son parcours et les relations que la famille Rattaud a toujours entretenues avec le pays saintongeais.

 

 

 

La légende familiale veut qu'aux XVIe et XVIIe siècles, des potiers
auvergnats, tentés par la qualité des argiles, se soient installés à la Chapelle-des-Pots, dans les environs de Saintes. Potiers, carriers, cordonniers puis instituteurs restèrent fidèles à la région. Le père de Jean Rattaud, Jean-Joseph Rattaud (1877-1945), directeur d'école, épousa Corinne Mousse, chargée d'école à Varzay.  Ils eurent deux enfants Jean (1904-2004) et Madeleine (1907-1988).


Cette histoire familiale, depuis longtemps liée à la Charente-Maritime actuelle, l'attachement à une région riche d'histoire et de beauté, le goût de la recherche ont enraciné Jean Rattaud en Saintonge. Né à Saint-Savinien le 21 juillet 1904, il poursuit ses études secondaires comme boursier au Collège de Saintes puis pour payer ses études à la Faculté de Poitiers, travaille comme Maître d'Internat et répétiteur au Collège de Royan de 1924 à 1927. Il y est nommé ensuite professeur de Lettres Classiques. Il rencontre une institutrice, Clémence Allemand, charentaise qu'il épouse en 1928. Tous deux aiment l'Océan, les pins, Royan et sa région. Naissent deux filles, Françoise en 1933, Anne en 1937. En 1936, Jean Rattaud publie un livre joliment illustré Royan et les côtes de Saintonge.

 

 

 

Mobilisé en septembre 1939, Jean Rattaud est envoyé sur le front de l'Est. Au moment de l'offensive allemande de mai 1940, ayant reçu l'ordre de repli, il conduit la retraite de la Compagnie qu'il commande jusqu' à Pau. Démobilisé en août, il rejoint sa famille à Royan où il retrouve son poste au collège à la rentrée. Mais rien n'est plus pareil. La ville subit le poids d'une occupation
particulièrement lourde provoquant de graves dissensions parmi les Royannais.


Les répercussions s'en font sentir jusqu'au sein du collège. En 1942, deux collègues de J. Rattaud, dénoncés comme communistes, sont arrêtés. Ils seront un peu plus tard fusillés à Paris comme otages. En janvier 1943, Jean Rattaud et son épouse, institutrice à l'école Jules Ferry, reçoivent l'ordre de quitter la zone de Royan. Grâce à l'appui du rectorat de Poitiers, tous deux retrouvent un poste à Saint-Jean d'Angély.

 

 

 

Dans cette ville, Jean Rattaud va jouer un rôle important dans la Résistance locale et, après la Libération, il est nommé directeur régional de l'information à Poitiers puis à Bordeaux avec mission de réorganiser la presse régionale et de façon plus générale les moyens d'information.

 

 

 

En 1946, Jean Rattaud va quitter ce poste pour prendre celui de chef du Service Information Presse qui lui est proposé par le gouvernement militaire en zone française d'occupation en Allemagne. En 1945, l'Allemagne de l'Ouest avait été divisée en trois zones occupées respectivement par les Américains, les Anglais et les Français. C'est en Rhénanie, à Coblence, que Jean Rattaud est chargé de la réorganisation et de la surveillance de la presse et autres vecteurs de la vie culturelle : radiodiffusion, cinéma, livres... Il réussit si bien qu'il est nommé, en 1949, à la direction des services culturels, englobant même les établissements français d'enseignement, poste qu'il quitte en 1952.

 

En effet, après cette longue et passionnante parenthèse ouverte à la suite de la guerre, Jean Rattaud souhaitait, pour des raisons personnelles et professionnelles, revenir en France et à sa vocation d'enseignant. Il reprit son métier de professeur de Lettres classiques au lycée international de Saint-Germain-en-Laye et termina sa carrière au Lycée Jean-Baptiste Say, à Paris.

 

 

 

Tout au long de sa vie, Jean Rattaud resta profondément attaché à sa région, s'intéressant aux archives historiques, littéraires, géographiques et participant à des publications dont le Subiet. Son cœur et son esprit restaient saintongeais.
Remarié en 1954 à Janine Déclaron, il séjournait chaque été en Saintonge et à Royan où il renoua avec d'anciens élèves. En 1984, il écrivit Mémoires d'un résistant où il racontait son parcours en 39-45 puis l'après-guerre en Allemagne. Il s'est éteint en 2004, à son domicile à Meudon.

 

 

 

Les revues de Jean Rattaud, reliées par ses soins, seront bien à leur place dans notre bibliothèque.