Cressac et Bouteville

  À propos de la sortie Shasm à Cressac et à Bouteville  

    6 mai 2017

par Jacques Guimard                            

32 personnes étaient ponctuelles, comme convenu, devant la jolie petite chapelle templière de Cressac, sur la commune nouvelle de Côteau du Blanzacais (Blanzac, Porcheresse et Cressac) à 10h 30 où nous accueillait le docteur François Tardat, notre hôte de la matinée.

 

 Édifiée vraisemblablement dans la deuxième moitié du XIIe sur un petit promontoire dominant la vallée du Né, dans un lieu-dit que l’on appelle « la Motte à Dognon » ou « le temple », elle figure sur les cartes de Cassini établies sous les règnes de Louis XV puis Louis XVI. Ces cartes très complètes et magnifiques sont les premières dressées par une triangulation géodésiques. Y figurent également un lieu-dit « L’Hôpital » et un autre « L’Aumônerie », à quelques centaines de mètres, ce qui témoigne bien de l’importance, jadis, de cette commanderie. Au demeurant, dans ce secteur du département de la Charente, dans la Communauté de communes des « 4 B », il y avait également des templiers au Tâtre (Notre Dame du Deffens) et à Guizengeard (église St Jean Baptiste). On note également, autour de Cressac des lieux dits « La Cure », « chez L’Évêque », « Le Temple », ce qui corrobore une récente étude très fouillée de Cécile Treffort selon laquelle, au Moyen-âge, sur les 13000 km² des deux Charentes des religieux résidaient en permanence dans les 650 abbayes, prieurés, commanderies… soit un établissement tous les 4 ou 5 km.

 

Chapelle templière

 

La chapelle est de plan très simple, rectangulaire et dépourvue de transept ; cette architecture austère, virile disent certains, a un côté « cistercien » ; on sait que St Bernard de Clairvaux, le fondateur de l’ordre cistercien exigeait simplicité et respect de règles strictes s’opposant aux dérives des bénédictins. On retrouve cette simplicité dans toutes les chapelles templières de notre région : Angles, Magrigne, Clion sur Seugne, Malleyrand, Chierzac, Lugeras…

 

François Tardat nous a d’abord présenté les extérieurs de ce qui était jadis une commanderie, ce qui impliquait des bâtiments conventuels pour loger quelques moines et des bâtiments de fonction : granges pour entreposer les récoltes du domaine foncier, ateliers… Monsieur Tardat a attiré notre attention sur une « main de pénitence » creusée sur un contrefort du mur sud par les pélerins qui  suivaient ces chemins (que les templiers entretenaient), sans doute vers Compostelle , et qui  se frottaient vigoureusement la main sur une pierre pour expier leurs péchés .

Depuis très longtemps les constructions annexes ont disparu ; on sait qu’au milieu du XVIIe la commanderie était en ruine. Parfois, à l’occasion de travaux dans le village sur cette colline du Dognon on exhume quelques traces de fondations.

 

À  la Révolution, l’église, propriété  des Hospitaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem, a été vendue comme Bien National et acquise par un agriculteur qui, semble t il, avait rajouté sur la face ouest un bâtiment et transformé l’ensemble en écuries et en grange agricole. C’est dire le triste sort des magnifiques peintures de la fin du XIIe, début XIIIe siècles.

 

Malgré les usures domestiques, malgré des nettoyages maladroits au fil du temps, mais grâce à des restaurations du XXe puis du XXIe , dont les plus récentes, remarquables, ont été faites par des spécialistes (lesquels ont également restauré l’Abbaye de Saint-Savin), les peintures, vraisemblablement de la fin du XIIe, sont d’une qualité exceptionnelle, tant par la précision des détails que par l’élégance du trait. L’ocre, comme souvent, est une couleur dominante (on a retrouvé récemment des petits gisements d’ocre près du site). Il s’agit d’une fresque évoquant la première croisade, prêchée par le Pape Urbain II et conduite par Bernard l’Ermite, Gautier Sans Avoir, Godefroy de Bouillon et de multiples seigneurs de France (dont un Taillefer, de la famille des comtes d’Angoulême, peut être Guillaume IV), d’ Allemagne, d’Italie…

 

 

Les croisades

 

C’est l’Histoire de la Croisade qui défile sous nos yeux admiratifs: Un bateau qui symbolise les traversées des croisés, Saint Georges et le Dragon qui symbolise ces templiers, « armés de foi au-dedans et de fer au dehors » (St Bernard de Clairvaux), la prise de Saint-Jean d’Acre (ou d’Antioche), le traitement des prisonniers, la bataille qui eut lieu en 1163 dans la plaine de la Bekka (au Liban actuel dans la fertile et riche plaine entre le mont Liban et l’Anti Liban) où les croisés furent vainqueurs de Nou Ed Din, des échanges de prisonniers, les nobles seigneurs qui menaient les croisés, les fleurs de lys de la royauté capétienne… 

 

Notre guide, spécialiste du symbolisme dans l’art roman a longuement détaillé les croix nimbées de ces peintures de Cressac dont on sait qu’elles mobilisent beaucoup l’imagination de maints auteurs.

 

Puis, la météo s’avérant incertaine, chacun a tiré du sac le nécessaire et suffisant pour se restaurer à l’abri dans la salle municipale dite  des alambics» mise à notre disposition par les maires de Cressac et de Blanzac-Porcheresse.                                 

 

L'église de Bouteville

 

Et nous avons rejoint Bouteville, à quelques km, par une agréable petite route au milieu des vignobles de Grande Champagne, dans des paysages vallonnés sur lesquels Jacques Chardonne a écrit de jolies pages.

 

Bouteville est un très ancien site, occupé par les celtes et les romains. La voie romaine de Saintes à Périgueux, qu’on appelle ici chemin boisné  est nettement visible depuis les hauteurs du petit village où l’on s’étonne de la taille d’une aussi vaste église et d’un aussi grand château, au demeurant en bien mauvais état.

 

Nous avions rendez-vous avec Monsieur Gérard Rousseau, Président de l’Association Pour la Sauvegarde du Patrimoine de Bouteville et, par ailleurs trésorier du Groupe de Recherche et d’Études Historiques de Segonzac qui allait nous guider tout au long de l’après midi.

 

Manifestement cette église était jadis une abbaye ou un prieuré important ; les dimensions de la nef sont impressionnantes, tant en longueur qu’en hauteur ; assurément il y avait un cloître dont quelques piliers résistent encore, sur le grand mur sud.

 

Ce prieuré bénédictin , voué à Saint Paul, a été fondé au tout début du XIe par Hildegarde puis par sa fille, Pétronille, enterrée devant l’église, épouse de Geoffroy Taillefer, Comte d’Angoulême, et consacré en 1029. Rattaché à l’Abbaye de Savigny (près de Lyon) à la fin du XIe il a connu tout au long de l’Histoire de nombreuses destructions, de multiples remaniements aux XIIIe, XVe, XVIIe, XVIIIe.

 

Les anglais, puis les protestants se sont acharnés sur ces pierres qui sont ici, comme dans le château des « témoins incorruptibles de l’Histoire » (Octavio Paz).

 

Ce prieuré bénédictin , voué à Saint Paul, a été fondé au tout début du XIe par Hildegarde puis par sa fille, Pétronille, enterrée devant l’église, épouse de Geoffroy Taillefer, Comte d’Angoulême, et consacré en 1029. Rattaché à l’Abbaye de Savigny (près de Lyon) à la fin du XIe il a connu tout au long de l’Histoire de nombreuses destructions, de multiples remaniements aux XIIIe, XVe, XVIIe, XVIIIe.

 

Les anglais, puis les protestants se sont acharnés sur ces pierres qui sont ici, comme dans le château des « témoins incorruptibles de l’Histoire » (Octavio Paz).

 

 

 

Du XIe il ne reste que la porte d’entrée en arc en plein cintre et les cinq colonnes aux chapiteaux ornés de l’ancien cloître. Les chapelles latérales sont intéressantes, celle au nord avec une voûte à liernes et surtout celle du côté sud, sur une crypte, qui offre des peintures vraiment exceptionnelles : la profondeur des regards et la finesse des mains sont émouvantes ; qu’est ce qui animait l’artiste, à quoi pensait-il en contemplant son beau travail achevé ? Hélas ce lieu qui est resté découvert pendant des décennies, et qui n’a pas retenu l’attention des autorités culturelles malgré les efforts des témoins de Bouteville est en grand danger.

 

Cependant quelques spécialistes de l’art médiéval commencent à s’intéresser à cette église où se posent beaucoup de questions (Christian Gensbeitel Université de Bordeaux Montaigne).

 

Monsieur Rousseau nous a ensuite accompagné au château où Monsieur Jacques Deslias, le Maire de Bouteville est venu nous souhaiter la bienvenue ce que nous avons beaucoup apprécié.

 

Le château de Bouteville

 

Situé sur un éperon rocheux, là où au temps des romains se trouvait un site occupé depuis des temps immémoriaux se dresse le château, en ruines, mais encore impressionnant par sa taille, son élégance ; au XVIIe c’était l’un des plus grands et des plus beaux châteaux de La Charente.

 

Le premier château remonte probablement au milieu du IXe siècle ; il aurait été édifié au moment des premières incursions normandes lesquelles ont permis au seigneur, comte d’Angoulême, de devenir un Taillefer, prestigieuse lignée charentaise !

 

Du XIIe jusqu’à la fin de la Guerre de Cent Ans, au milieu du XVe, La forteresse fait l’objet d’attaques, de pillages ; elle devient définitivement française en 1452 et le château actuel est édifié sur le même éperon rocheux, légèrement en décalage.

 

 

 

L’approche est impressionnante ; la tour d’angle, les hauts murs, les ouvertures, l’accès …le château domine la vallée et l’on distingue Cognac ainsi que les remparts d’Angoulême ; Hélas, sitôt franchi ce qui fut autrefois un pont levis, se confirme la première impression ; il s’agit d’une ruine, magnifique, certes, mais de vandalismes en pillages, le lieu qui n’est plus habité par des gardiens est en bien mauvais état. Ce qui reste, classé Monument Historique en 1984 est daté du XVIIe.

 

 

 

Au XVe le château est rattaché à la couronne, mais les guerres d’Italie ruinent les finances royales et le domaine est « engagé » jusqu’à la fin du XVIe (en quelque sorte loué) , puis acheté en 1593 par la famille Béon du Massès qui en fera le magnifique château que l’on devine encore aujourd’hui, de pièces en pièces, d’escaliers en escaliers, de cheminées en cheminées (disparues hélas)… à la Révolution il est vendu et sert de prison, puis vendu ; les propriétaires se succèdent de 1804 jusqu’en 1994. Mais depuis les années 30 il n’est plus entretenu et se dégrade ; pendant la dernière guerre, puis depuis une vingtaine d’années les déprédations, vols… se sont succédés. En 1994 le dernier propriétaire en a fait don à la commune qui depuis essaie, avec l’Association de Sauvegarde du Patrimoine de Bouteville de le protéger.